« Un ciel si sombre ne pouvait s’éclaircir que par un orage » (Shakespeare)

– Espagne : entre obscurité et obscurité

Le sommet européen n’a finalement apporté qu’une euphorie passagère.  Le temps n’est plus aux congratulations et aux auto-congratulations. Encore une fois l’heure est grave. Encore une fois, les marchés sont inquiets. Encore une fois, encore, encore et encore. Le Monde du 12 juillet (version papier) titrait sa Une avec un pas du tout inquiétant « Zone euro : la sortie de crise déjà menacée » . Dans cette article de Claire Gatinois, Frédéric Lemaître et Philippe Ricard, on apprend que James Bullard, un responsable de la réserve fédérale américaine, dans une interview publiée dans le Wall Street Journal du 11 juillet, pense qu' »Une désintégration [de la zone euro] impulsée par les marchés est en cours » et que l’une des choses qui le préoccupe le plus « c’est que cette crise oppose un marché qui bouge rapidement à un processus qui bouge très lentement« .  Pour appuyer ces propos, les journalistes lui font directement suivre celui de Sylvain Broyer, économiste chez Natixis (banque de financement et d’investissement du groupe BPCE, issu de la fusion des groupes Caisse d’Épargne et Banque populaire, rappelons le), qui explique que ce fossé entre la rapidité des marchés et la lenteur des institutions européenne,  est dû au « processus démocratique de l’Europe« …Dans cette article, les journalistes reviennent aussi sur le problème espagnol : le 29 juin, le sommet européen avait conclu à une recapitalisation des banques ibériques sans que l’Etat fasse office d’intermédiaire, évitant ainsi d’alourdir sa dette. Mais Mme Merkel « a exigé en contrepartie la mise en place d’un dispositif de supervision des banques, pilotée par la Banque Centrale Européenne (BCE). Or, ce chantier très complexe risque de durer jusqu’à la mi 2013« . De fait, pendant ce laps de temps, l’aide aux banques espagnols passera par l’intermédiaire de l’Etat. Ce qui devait donc être évité arrive quand même, bien que cela soit, normalement, temporaire. De plus « l’Allemagne considère que l’Espagne doit garantir les éventuelles pertes des fonds de secours européens en difficulté. Autrement dit, en cas de catastrophe Madrid devrait in fine payer pour ses établissements malades. La « spirale infernale » qui fait que la santé des banques pèse sur le pays, qui à son tour pèse à nouveau sur les banques, etc. n’est donc pas encore brisée« .

L’Espagne n’est donc pas à la fête en ce moment. Mais les espagnols le sont encore moins. Ces derniers jours, les médias français relayent (enfin) la colère des mineurs espagnols, en grève illimitée depuis le 23 mai. Le 11 juillet, les « gueules noires », parties des Asturies, d’Aragon, de Leon, de Castille-La Manche, d’Andalousie, sont arrivées à Madrid après dix-huit jours de marche.

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(Photo Uly Martin) La « marche noire » des mineurs arrivés à Madrid

Cathy Ceïbe, dans son article Après 18 jours de marche, les mineurs investissent Madrid publié sur l’humanite.fr, explique le pourquoi de la colère : « Prétextant la crise économique, le gouvernement du Parti populaire a annoncé, en mai, une réduction des aides publiques au secteur minier d’un montant de 190 millions d’euros, soit une baisse de 63 % des subventions, signifiant ainsi la mise à mort de l’exploitation du charbon et de l’anthracite. Depuis, les mineurs sont en grève illimitée, en l’absence de négociations entre les représentants du secteur et le ministre de l’Industrie, de l’Énergie et du Tourisme, José Manuel Soria Lopez. Ce dernier a fermé la porte au dialogue, remettant en cause le « plan charbon » qui stipule que les aides publiques doivent être maintenues jusqu’en 2018 […] Plus de 8 000 emplois directs et 33 000 indirects sont désormais menacés. « C’est un non-sens, a insisté Candido Mendez [secrétaire général 
de l’Union générale des travailleurs espagnols (UGT)]. Le gouvernement défend un plan pour l’emploi à l’échelle européenne, mais dans notre pays, il jette à la rue les travailleurs des mines et leurs familles. Il dit qu’il existe des fonds illimités pour sauver Bankia (la quatrième entité bancaire) mais qu’il n’y en a pas pour respecter l’accord signé. » »

Les madrilènes se sont joints en masse aux mineurs qui devaient manifester le 12 juillet devant le ministère de l’Industrie. Le conflit est devenu un symbole autant pour l’Etat, qui veut montrer sa force, que pour la population, qui subie, elle aussi, les coupes budgétaires.

Suite à cette manifestation qui s’est conclue par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre, les médias comptent…tandis que le Parisien.fr comptabilise  » 76 personnes, dont 43 manifestants et 33 policiers, ont reçu des soins, selon les autorités locales« , Le Monde.fr, de son côté, avance les chiffres de « 23 personnes, dont 12 mineurs et six policiers, ont reçu des soins mais « rien de grave », selon les autorités. » Aaah, la guerre des chiffres….

– Grèce : un chômage colossal

Le chômage n’en finit plus de monter en Grèce, atteignant aujourd’hui le chiffre colossal de 22,5 % de la population (alors qu’il était de 8,5 en avril 2007). Okeanews, dans son article L’emploi en Grèce : 22.5% de chômeurs en avril, 400.000 salariés non payés, fait une analyse minutieuse de ces chiffres présentés dans le rapport officiel de l’autorité grecque des statistiques concernant le chômage sorti le 12 juillet. On y apprend que le nombre de chômeurs est passé de 418,175 en avril 2007 à 1,109,658 en avril 2012. Le chômage, comme à son habitude, touchant les populations les plus fragiles, on voit que le taux de chômage pour les femmes est passé de 13,1 en avril 2007 à 26,0 en avril 2012 ; pour les « jeunes », il a littéralement explosé  : en avril 2007, le taux de chômage chez les 15-24 ans était de 22,9 alors qu’en avril 2012, il atteint le chiffre de 51,5…Même mouvement chez les 25-34 ans qui passent de 11,8 de taux de chômage à 25,8.

Comme nous le montre cet article d’Okeanews, les chiffres ne recouvrent pas vraiment la totalité de la réalité de l’emploi en Grèce aujourd’hui…En effet, « Le rapport officiel du 12 juillet (voir fin d’article pour le PDF) propose 3 définitions intéressantes permettant une autre lecture des graphiques :

  – Les employés sont les personnes âgées de 15 ans ou plus qui, durant la semaine de référence ont travaillé, même pour une heure seulement, pour un salaire ou un profit, ou qui travaillaient dans l’entreprise familiale, ou bien qui n’étaient pas au travail mais avaient un ou une entreprise dont ils étaient temporairement absents.

  – Les chômeurs sont les personnes âgées de 15 à 74 qui étaient sans travail pendant la semaine de référence (ils n’ont pas été classés comme ayant un emploi), sont actuellement disponibles pour travailler et étaient activement à la recherche de travail dans les quatre semaines précédentes ou avaient déjà trouvé un emploi pour commencer dans les prochaines trois mois.

– Les inactifs sont les personnes qui ne sont ni classés comme ayant un emploi, ni comme chômeurs.

[…] En considérant la définition du terme « employé », c’est à dire une personne ayant travaillé (même une heure) sur la semaine de référence, on se rend bien compte que ces tableaux ne reflètent pas la dure réalité de la situation grecque. Dans ce nombre d’employés se trouve une part (à définir) de personnes dans une grande précarité : une heure de travail par semaine ne nourrit pas son homme, mais cela le place dans la case « employé »… De même que ce chiffre de 400.000 salariés n’ayant pas de salaire depuis 1 à 5 mois.  »

*** Pour suivre les répercussions de la crise dans la société en Grèce, je vous conseille, outre Okeanews, l’excellent blog Greek crisis (en français) de Panagiotis Grigoriou, historien et ethnologue, qui offre un regard presque au jour le jour sur les mutations sociales, politiques, économiques et culturelles en Grèce aujourd’hui ***

– France : PSA

Parfois, un dessin résume mieux une situation que n’importe quel discours :

La suppression de 3 000 postes, 10 000 en ajoutant les emplois indirects, chez PSA est une affaire qui fait grand bruit….depuis plus d’un an comme le souligne cette article de Elsa Fayner PSA Aulnay, la fermeture jamais annoncée publié sur Rue89 :  » juin 2011. C’est à ce moment-là que la CGT a fait circuler un document interne confidentiel dans lequel la direction de PSA indique qu’elle envisage de fermer son site d’Aulnay-sous-Bois. Le document prévoit un calendrier précis : une diminution progressive de la production en 2012, suivie de l’annonce en 2013 d’un plan social, pour une fermeture programmée courant 2014. La direction dément, répond que le document est « caduque ». Va-t-elle attendre l’élection présidentielle pour passer à l’acte ? Dès le lendemain de l’élection de François Hollande, le lundi 7 mai, une étude commandée par Eric Besson sur l’avenir de la filière automobile lève le doute : une fermeture est envisagée. Ce qui amène Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, à demander le 29 juin à PSA de « faire connaître ses intentions au plus vite ». Rien de plus. »

La communication de PSA commence…D’interviews en interviews, les dirigeants justifient cette décision par la mauvaise forme du secteur automobile, la crise… Plus étonnant, ils demandent aussi à l’Etat de baisser massivement le coût du travail pour restaurer les marges et maintenir les capacités d’innovation de la filière (La colère ne retombe pas à l’usine Aulnay de PSA, Figaro.fr)… Ben voyons…

« Un ciel si sombre ne pouvait s’éclaircir que par un orage » (Shakespeare)

 

Marine Bequet

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